Le château de Lady Rose, où fleurit la nuit

 



Dans le château assoupi sous les draperies de nuit,

Lady Rose descend, et la demeure s’ensuit,

ses pas sur les dalles ont la lenteur d’un rite,

chaque arcade s’incline à sa grâce insolite,

aux vitraux défaits dort une lune d’étain,

et la pierre paraît respirer sous sa main.


Elle traverse les salles où sommeillent les portraits

leur regard séculaire se détourne en secret,

car son visage apporte une étrange lumière,

une clarté sans jour, plus intime que fière,

et la rose qu’elle tient, sombre dans sa paume,

semble avoir recueilli les silences du dôme.



Je l’attends dans la galerie aux tentures fanées,

où les cierges distillent leurs lueurs inclinées,

elle me voit, s’arrête, et rien ne nous sépare

sinon quelques battements dans l’espace trop rare,

son regard vient au mien sans détour ni défense,

et le château comprend avant nous cette alliance.



Elle approche, si près que son parfum demeure

entre ma main suspendue et la soie de son cœur,

je ne touche encore rien, mais déjà tout s’accorde,

un frémissement discret court au bord de sa robe,

nos silences ont soudain la précision des gestes,

et l’attente devient notre langage céleste.



Nous marchons côte à côte au long des corridors,

la lune découpe en blanc les ferrures d’or,

sa main rejoint la mienne avec cette évidence

qui rend inutile enfin toute ancienne distance,

et sous nos doigts réunis, dans l’ombre du manoir,

la pierre semble apprendre une nouvelle histoire.


Nous gagnons la chapelle aux colonnes d’albâtre,

où les cierges inclinés font trembler les vitraux,

Lady Rose s’assied près de moi sans rien dire,

et son épaule effleure la mienne sans frémir,

ce contact presque absent devient une présence,

plus forte qu’un aveu, plus douce qu’une offense.




Alors je tourne vers elle un visage émerveillé,

elle garde mes yeux dans les siens prisonniers,

un sourire à peine né dénoue sa réserve,

et mon cœur, jusque-là fermé, soudain se livre,

nos lèvres se rapprochent avec cette lenteur

qui donne à chaque instant la valeur d’une heure.




Le baiser vient enfin, sans conquête ni hâte,

comme une encre très fine au bord d’une relique,

nos mains se retrouvent avec une tendre adresse,

et le vieux sanctuaire se remplit de douceur,

les ombres sur les murs cessent leur longue veille,

comme si notre amour venait toucher leur sommeil.




La rose noire alors glisse entre nos deux mains,

son pétale effleure nos doigts réunis enfin,

elle n’est plus le signe d’un deuil ou d’une absence,

mais l’emblème secret de notre connivence,

une fleur qui connaît la beauté des serments

et garde notre amour à l’abri du temps.




Nous remontons ensuite vers les appartements,

sans précipiter rien, sans retenir l’instant,

ton front vient se poser doucement contre le mien,

et je sens dans ce geste un monde qui nous appartient,

aucune nuit ne paraît plus vaste que nos bras,

aucune éternité ne pourrait nous séparer.




Dehors, le vent s’apaise aux créneaux du domaine,

la lune abandonne aux fenêtres sa traîne,

les roses du jardin dressent leurs corolles sombres,

mais leur noir n’a plus rien de funèbre dans l’ombre,

car chacune paraît porter sous son velours

la secrète couleur de notre amour.





L’aube enfin s’annonce au bord des hautes pierres,

un fil d’or se dépose aux vitres séculaires,

Lady Rose me regarde, et dans cette lumière

je découvre son visage autrement que naguère,

la nuit n’a pas vaincu notre amour retrouvé,

elle en fut simplement le lieu où il est né.




Et lorsque le matin traverse les tentures,

le château garde encore la trace de nos murmures,

la rose noire repose au chevet de nos jours,

comme une signature au bas d’un grand amour,

Lady Rose près de moi demeure, et je comprends

que certaines nuits deviennent des printemps.



Lysandre au Secret de Minuit —copyright ©️Régis François-F.




Commentaires

  1. C'est tellement beau mon coeur
    Mon Lysandre je t'aime ❤️🥰Ta Lady 💋❤️

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